Plus de feux de forêt dans l’avenir?

Plus de feux de forêt dans l’avenir?

Des scènes de forêt dévastée par le feu et de canso larguant de l’eau comme celle-ci à Labrieville, pourraient devenir encore plus courantes en raison des changements climatiques, estime le Service canadien des forêts. Photo courtoisie Jean-Luc Kanapé

Baie-Comeau – Les incendies forestiers, comme celui qui vient de ravager 13 000 hectares dans le secteur de Labrieville, risquent fort de se produire plus souvent dans les prochaines décennies, selon des chercheurs du Service canadien des forêts (SCF).

Ces travaux démontrent, sans trop de surprise, que les changements climatiques influencent à la hausse les risques de feux de forêt. Ainsi, sur la Côte-Nord, l’intervalle de temps moyen entre deux feux varie présentement de 400 à 1 000 ans.

Mais avec la hausse des températures, d’ici la fin du siècle, l’intervalle de retour entre les feux dans la région sera plutôt de l’ordre de 100 à 200 ans, a souligné Sylvie Gauthier, chercheuse scientifique en écologie forestière au SCF.

« On sait déjà que les feux de forêt sont liés aux conditions climatiques, et l’augmentation des températures ne sera probablement pas compensée par la hausse prévue des précipitations, ce qui augmentera les périodes de sécheresse », a-t-elle souligné.

Moins de feux de camp

Dans les circonstances, faire un feu de camp en forêt ou à proximité pourrait devenir un petit plaisir de plus en plus rare au cours des prochaines années. Comme les possibilités d’incendie seront plus élevées, les moments où la forêt sera fermée, où les feux à ciel ouvert seront interdits et les opérations forestières suspendues seront aussi plus fréquents.

« C’est sûr que si les tendances climatiques se confirment, on pourrait voir plus souvent des interdictions de circuler en forêt ou de faire des feux », souligne Mme Gauthier. Ces interdictions devraient aussi décupler du fait que la saison des feux de forêt va s’allonger, démarrant plus tôt au printemps et se terminant plus tard à l’automne.

Évidemment, ce genre de restriction ne réjouira pas beaucoup de vacanciers, mais c’est au chapitre des feux d’origine humaine qu’on peut intervenir, fait valoir la chercheuse scientifique.

« Les feux de foudre, on ne peut évidemment pas deviner où ils vont frapper, mais pour des activités humaines, on peut émettre des interdictions quand c’est nécessaire », a-t-elle soutenu. Selon le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec, environ 75 % des feux de forêt sont provoqués par l’homme et ses activités, qu’elles soient récréatives ou industrielles.

Bon combustible

La forêt nord-côtière, surtout composée de résineux, représente « un type de combustible propice à brûler », soumet Sylvie Gauthier. Cependant, ce facteur de risque est compensé par des périodes sèches avec épisode de foudre plus rares qu’ailleurs. « Il y a donc une source d’allumage moins fréquente », a-t-elle expliqué.

Pour réduire le risque d’incendie forestier, ou du moins faire en sorte qu’il n’augmente pas, le SCF suggère entre autres de planter plus de feuillus à proximité des agglomérations, basé notamment sur le principe de l’aménagement paysager Intelli-feu.

La spécialiste en écologie forestière propose également de réduire de 20 % le nombre d’éclaircie précommerciale en forêt, une technique qui consiste grosso modo à couper des peuplements de feuillus pour favoriser la croissance des espèces commerciales intéressantes pour l’industrie du bois d’œuvre, soit le sapin, le pin et l’épinette.

« Si on laissait debout un secteur (d’éclaircie) sur cinq, on maintiendrait le risque (de feux de forêt) au même niveau qu’actuellement », fait-elle valoir.

La plantation de feuillus n’est toutefois pas une panacée, prévient Mme Gauthier en terminant. « Au printemps, il n’y a pas de feuilles dans les arbres. Le sol peut donc s’assécher plus rapidement. »

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