À tous les temps : Ah! Nos aïeux! (1re partie) – Les rebelles charlevoisiens

À tous les temps : Ah! Nos aïeux! (1re partie) – Les rebelles charlevoisiens

Le drapeau des patriotes, peut-être plus Nord-Côtier que vous le pensiez? Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Après la conquête, la menace anglaise donne de l’ascendant aux prêtres de la province. Ces derniers préconisent les familles nombreuses afin de préserver notre langue, notre culture et notre religion, ce qui favorise, malheureusement, la pauvreté. Dans les régions comme Charlevoix où la subdivision des terres devient impossible, on assiste à l’apparition de journaliers en quête d’un moyen de subsistance.

Entre 1784 et 1844, la population canadienne-française augmente de 400 % pendant que la superficie des terres occupées ne suit pas la tendance avec seulement une croissance de 275 %. C’est alors que nos ancêtres entendent parler de Louis-Joseph Papineau et des Patriotes, voici donc une histoire oubliée parmi tant d’autres, celle des rebelles charlevoisiens.

Les Postes du roi

Le territoire de la future Haute-Côte-Nord, que l’on nomme « Postes du roi » est loué à des compagnies par le gouvernement. Ces compagnies ont le monopole sur le territoire, où tous les hommes blancs sont interdits, sauf les employés des postes de traite. En 1821, les circonstances amènent le gouvernement à changer les choses. Un comité spécial se forme pour dresser un inventaire de toutes les terres susceptibles d’être colonisées. Les commissaires Andrew et David Stuart partent, en juillet 1828, pour le Saguenay mais ne dépassent pas Tadoussac sur la Côte-Nord. À l’été de 1831, le gouverneur général du Canada, Lord Aylmer, visite la Côte-Nord. Il n’y trouva pas ce qu’il cherchait, des terres pour établir des colons, mais il découvre l’extraordinaire potentiel forestier du secteur. Ouvrira-t-il le territoire à l’industrie forestière comme l’espèrent les barons du bois?

Pendant ce temps, dans Charlevoix, l’agriculture connait de difficiles années. Selon Louis Pelletier (ref.1), rapportant la correspondance entre le curé de La Malbaie et l’évêque de Québec, la récolte de 1833 est encore pire que celle de l’année précédente. Après enquête, le seigneur de Murray Bay, John Malcolm Fraser conclue : « qu’après Noël, la moitié de la population de 4,000 âmes n’aura plus rien pour subsister. » C’est dans ce contexte trouble que Charlevoix entend parler des Patriotes.

Les terre de la Couronne

Nous connaissons la « Rébellion de 1837-1838 ». Nos livres d’histoires nous en ont raconté bien des épisodes sauf celles qui se passent dans Charlevoix. Des questions comme l’accès aux terres de la Couronne ou l’abolition pure et simple du régime seigneurial reviennent régulièrement. Les « terres de la Couronne »? Oui, le fameux « Domaine du roi » qui ne profite qu’aux rois — autant français qu’anglais – où un interdit de colonisation empêche la population blanche de s’installer.

Alors qu’on croyait les réunions patriotes limitées aux grands centres et leur périphérie, l’historien Gilles Laporte démontre le contraire: « pour la période du 1er janvier 1834 au 23 novembre 1837, quelque 16 activités (réunions, assemblées, pétitions) sont organisées par des patriotes dans la région du Saguenay » (ref.2). En tenant compte du bassin de population, Il n’y a que la ville de Québec qui fait mieux. Impressionnant! En 1834, le Parti patriote dépose ses fameuses « 92 Résolutions », où l’on retrouve la demande concernant « l’accès aux terres de la Couronne ». L’année suivante, « une pétition circule dans le comté demandant l’ouverture du Saguenay à la colonisation, et ce, au moment même où les terres se font de plus en plus rares dans l’arrière-pays charlevoisien » (ref.2). Qui sont à l’origine de la pétition? Thomas Simard et Alexis Tremblay dit Picoté, des marchands de bois déjà connus de La Malbaie, à l’affût de nouvelles opportunités, qui se feront bientôt un nom chez-nous.

Les rebelles charlevoisiens

À la mi-mars 1836, le gouverneur Gosford rejette le plan de colonisation et l’année suivante, en juin 1837, il « interdit la tenue d’assemblées publiques en demandant aux magistrats et chefs de milice de mettre de l’ordre dans la colonie » (ref.2). Rebelles et tenaces, nos aïeux se réunissent quand même, le 25 juin 1837, à la porte de l’église de La Malbaie. Qui sont les participants à la dite assemblée? Leurs noms vous feront sourire: Audet dit Lapointe, Bhérer, Bilodeau, Bouchard, Boulianne, Brassard, Dufour, Gagnon, Gaudreau, Guay, Harvey, Murray, Savard, Simard, Tremblay et Villeneuve (ref.2). Difficile de ne pas faire le lien entre cette réunion et la suite de l’histoire. Cependant, un mur se dresse : Le monopole que détient la Compagnie de la Baie d’Hudson, payé à gros prix en 1831 et valide jusqu’en 1842. Devant la pression, la Baie d’Hudson accepte un compromis: Elle ouvre les portes du territoire à la population à la condition de se charger, elle-même, de l’exploitation du bois. Elle installe, un moulin à l’Anse à L’Eau (Tadoussac) en 1838. Fiasco qui deviendra la chance de Thomas Simard qui se fait offrir le permis d’exploitation en 1839. C’est alors que nous assistons, dans le branle-bas de combat, à la naissance de la fameuse Société des 21 qui enclenchera, définitivement, la colonisation du Saguenay. Le premier contrat de 1838, entre Compagnie de la Baie d’Hudson et la Société des 21, comprendra le territoire entre la rivière Noire – aujourd’hui inclus dans St-Siméon – et Les Bergeronnes, vers l’est et jusqu’à Chicoutimi vers le nord (1). Toutefois, le contrat précise bien qu’il ne s’agit pas d’établissement agricole mais bien d’exploitation forestière seulement. On sait que les colons charlevoisiens se moqueront bien de cette clause et débarqueront, avec leur famille à Grande Baie, au Saguenay, en 1838. Leur hardiesse venait de sonner l’ouverture de la colonisation des « Postes du roi ». Le gouvernement devra agir car le mouvement est inexorablement enclenché.

À suivre…

C’est donc cet épisode qui sera abordé dans un prochain article, nos ancêtres charlevoisiens à la conquête d’un nouveau territoire. En attendant, pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, je vous conseille le livre de Louis Pelletier : « La seigneurie de Mount Murray, Autour de La Malbaie 1761-1860 », Édition du Septentrion (ref.1 dans le texte). On y parle beaucoup des incursions des Charlevoisiens chez-nous. Vous pouvez aussi consulter l’article de Christian Harvey (ref.2), disponible en ligne : « Le mouvement patriote et la région de Charlevoix » : http://k6.re/O6=Uy.

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Nataly Brisson

Quelques mots ont été omis :
“Le premier contrat de 1838, entre la […] et la […] , comprendra […]”

On devrait lire :
“Le premier contrat de 1838, entre la COMPAGNIE DE LA BAIE D’HUDSON et la SOCIÉTÉ DES 21, comprendra […]”