La région se mobilise pour diminuer la maltraitance chez les 0-5 ans

La région se mobilise pour diminuer la maltraitance chez les 0-5 ans

La tournée de sensibilisation a été lancée le 29 octobre aux Bergeronnes par les conférenciers André Lebon et Camil Bouchard qui entourent ici la présidente d’Éclore Côte-Nord, Denise Langevin. Photo Journal Haute-Côte-Nord

Baie-Comeau – La Côte-Nord est l’une des régions du Québec les plus touchées par la maltraitance faite aux tout-petits avec trois fois plus de signalements traités en protection de la jeunesse. Pour diminuer la prévalence et se transformer en une région bienveillante pour ses enfants, une mobilisation est en cours et des actions s’en viennent.

Éclore Côte-Nord, un organisme régional qui travaille au bien-être des 0-5 ans, était en tournée dans quatre MRC la semaine dernière afin de réunir des gens de tout horizon pour leur présenter des données spécifiques à leur secteur et se pencher sur les actions à poser. En Haute-Côte-Nord, environ 40 participants se sont manifestés tandis que dans la Manicouagan, une soixantaine de personnes ont répondu à l’invitation.

Conférenciers vedettes de l’événement régional La Côte-Nord nord unie pour ses tout-petits, tenu à Baie-Comeau en 2017, Camil Bouchard, auteur du rapport Un Québec fou de ses enfants en 1991 et analyste social, et André Lebon, un psychoéducateur ayant notamment dirigé le Centre de psychoéducation du Québec, étaient de retour pour échanger avec les gens sur l’importance de viser un objectif de réduction de la maltraitance chez les 0-5 ans et les moyens d’y parvenir.

« La diminution de la maltraitance doit devenir un objectif aussi implacable que la lutte au tabagisme ou aux accidents de la route. »
– Camil Bouchard psychologue et analyste social

Selon M. Bouchard, le phénomène a beau être plus marqué sur la Côte-Nord, il n’en reste pas moins qu’il est en augmentation partout au Québec. Si pareille flambée de cas survenait pour des maladies comme la turberculose ou la rougeole, tout le monde monterait aux barricades, croit-il. « Est-ce qu’on est une société vraiment folle de ses enfants? », se questionne l’homme aujourd’hui, en référence à son rapport de 1991.

Il considère d’ailleurs que la diminution de la maltraitance doit devenir un objectif « aussi implacable que la lutte au tabagisme ou aux accidents de la route ».

Plan global
Pour renverser la vapeur, un plan d’actions devra être mis en place dans chaque MRC puisque de l’une à l’autre, les réalités diffèrent. Dans la prochaine année, Éclore Côte-Nord y travaillera avec ses partenaires, assure sa présidente, Mme Langevin.

Il faut aussi voir à ce que les intervenants, qu’ils proviennent du milieu communautaire, des centres de la petite enfance ou encore du réseau de la santé et des services sociaux et de celui de l‘éducation, ne travaillent pas en vase clos. Lorsque la toxicité s’installe dans une famille, note d’ailleurs M. Lebon, les causes peuvent être multiples. « Il ne faut pas un joueur à la fois ou un joueur à tour de rôle. Il faut une stratégie », insiste-il.

PORTRAIT DE LA CÔTE-NORD 2017
  • Ils sont 5 926 âgés de 0 à 5 ans qui représentent 6,4% de la population totale de la région
  • La proportion des tout-petits vivant dans une famille à faible revenu est plus élevée que dans le reste du Québec
  • La proportion des familles n’ayant pas de médecin de famille ou de  pédiatre pour leurs enfants de 5 ans et moins est plus élevée que dans le reste duQuébec
  • La proportion d’enfants de la maternelle vulnérables pour leur  développement, ayant reçu les services d’un professionnel non  enseignant à l’école est moins élevée que dans le reste du Québec

Le spécialiste se fait cependant encourageant en soulignant que la région ne part pas de rien. « Il se fait beaucoup de choses, mais il n’y a pas de plan d’actions global », dit-il.
L’atteinte de l’objectif de réduction ne signifiera pas nécessairement d’avoir plus de ressources. « Parfois, ce n’est pas d’ajouter des ressources, mais de faire autrement », précise Mme Langevin.

Camil Bouchard renchérit cependant en rappelant qu’une région qui est mobilisée autour d’un enjeu a plus de chances d’obtenir les ressources dont elle a besoin.

Or, il est d’avis que le mouvement de mobilisation en cours chez nous pour le mieux-être des 0-5 ans est unique au Québec. « Il y a quelque chose qui est en train de se passer sur la Côte-Nord et c’est unique », dit-il.

Comme M. Bouchard l’a si bien dit aux gens rassemblés aux Bergeronnes et à Baie-Comeau, il rêve du jour où, à l’entrée ouest de la Côte-Nord, les gens qui débarqueraient du traversier verraient une banderole avec une inscription confirmant qu’ils pénètrent dans la région la plus bienveillante envers ses tout-petits.

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