À tous les temps – Multiethnique Haute-Côte-Nord

À tous les temps – Multiethnique Haute-Côte-Nord

Le Norvégien, Andréas Christensen (1881-1958), gardien du bateau-phare du Haut-Fond-Prince, c’est son fils, Thomas, qui perpétua son nom à Tadoussac (Source : Jean Cloutier).

Selon des idées préconçues, la plupart des québécois, et particulièrement le gens du Saguenay, seraient métissés. L’historien Gérard Bouchard propose que cette théorie « s’accorde mal avec les faits ». Généalogiquement parlant, la région représente pourtant bien l’idée du métissage, mais dans une perspective plutôt surprenante.

Outre nos Bouchard, Tremblay et autres Français peuplant nos bourgades, la Haute-Côte-Nord devint la terre promise de plusieurs nationalités qui, avec les années, font partie intégrante de nos communautés, au point où nous avons parfois oublié leur origine étrangère. Dans un tour d’horizon non exhaustif parcourons la planète… sans quitter la région.

D’Allemagne
Entre 1775 et 1783, des rebelles américains voudraient s’emparer de la colonie française qu’est la « Province of Quebec ». L’Angleterre, soucieuse de ne pas faire combattre ses soldats contre leurs « compatriotes américains », fera appel à des troupes de mercenaires allemands. Johann Wilhelm Fröebe, originaire d’Alsace – alors allemande – aura des descendants chez-nous, ils sont connus sous l’original nom de Lallemand. Georged Ziliac, de Neumark, région de Krautheim, en Allemagne, sera connu sous de multiples noms, dans Charlevoix, on le nommera simplement Georges-Ignace Lessard. C’est son fils, Ignace, qui s’établira à Bergeronnes en 1859. Simon Boebe ou Pipp dont les descendants sont connus sous le nom de Simoneau, arrivait d’Altringen, dans le duché de Brunswick. Outre les soldats, on parle de Hans Georg Buhrer qui débarque à La Malbaie en 1816, dont une petite branche s’étire jusqu’ici sous l’orthographe Bherer.

D’Angleterre
La conquête de 1759 ouvre naturellement la porte à l’immigration anglaise. Cependant, il serait faux de croire qu’ils seront si nombreux à s’établir dans la région. Nommons les Hovington (Durham), l’unique cas où la Haute-Côte-Nord est le berceau d’une famille en Amérique. Les Manning (Leiston, Suffolk) et Otis (comté de Somerset), de grandes familles de chez nous. Sans oublier la petite famille Charlton, issu de Walter. Et selon mes recherches récentes, on ajouterait la famille Miller (Millard), ce qui reste à prouver hors de tout doute.

D’Écosse
Les familles Ross, d’abord la plus nombreuse, celle de Paul, fils de Simon et de l’amérindienne Marie. Ses ramures se déploient principalement dans la communauté d’Essipit. L’autre famille Ross origine du Bic et est issue d’un pilote du St-Laurent, William. Ce navigateur compte quelques descendants à Forestville et encore plus à l’est comme Pointe-aux-Outardes. Arrivés plus tardivement, au temps de la compagnie Hamilton Cove de Portneuf, les Foster peuvent possiblement réclamer cette nationalité. Tandis que nos familles Murray n’ont point de ramures écossaises, mais plutôt des arbustes tronqués par l’illégitimité. Mais c’est une autre histoire.

D’Italie
Outre nos Marino et Valenti nous avons le souvenir de quelques autres familles forestvilloises, soit les Tecca et les Zélano, nous pourrions aussi parler des Panaroni qui nous prouvent qu’un cœur amoureux pouvait fort bien traverser le Saguenay avant les traversiers. Cependant, le sang italien coule dans les veines de beaucoup d’entre vous grâce à Timothée-Mathei Bonnavetti, le bel Italien, qui ravit le cœur de la jeune Marguerite en 1851, au point où elle déposera une petite fille, Philomène (1851-1924), dans la corbeille de noces. C’est d’ailleurs elle qui perpétuera le sang des Bonnavetti, elle aura neuf rejetons et plus de quarante petits-enfants, de son mariage avec Théodore Boulianne.

D’Irlande
La fierté irlandaise déploie aussi ses trèfles chez nous. Cependant, aucune famille ne devra sa migration en Amérique à la Crise de la pomme de terre de 1845. Les O’Connors, Ahern et Kennedy arrivaient de la Gaspésie. Par contre, les Foley s’étaient d’abord établis dans la Beauce. Sans oublier Martin Hickey, de Nash Creek au Nouveau-Brunswick. Finalement, la grande famille irlandaise de notre MRC, les Quinn, arrivée aux premiers balbutiements des scieries provient de Georges, natif de Kamouraska. Son grand-père, James, avait immigré et épousé une demoiselle Hausmann, d’origine allemande.

De Norvège
Tadoussac semble avoir le monopole des immigrants de la péninsule scandinave. Des marins, majoritairement, qui choisiront possiblement le pays par amour. Ils commencent à s’installer vers 1888. Andreas Christensen, navigateur et maître de port à Tadoussac, gardien du bateau-phare du Haut-Fond-Prince (Prince Shoal Light Ship). Robertson, présent à Tadoussac dès 1891, tout comme Günder Olsen, navigateur originaire du comté de Vestfold. Décédé, par noyade, à l’aube de la cinquantaine, une bière de la micro-brasserie de Tadoussac, la « Capitaine Olsen » lui rend hommage d’ailleurs.

Uniques en leur genre
Vinrent ensuite les uniques en leur genre. Joseph Piuze qui laissa sa marque dans le paysage commercial de la Haute-Côte-Nord. Petit-fils du Polonais Liveright, baptisé « Traugott Leberecht Behzer », chirurgien et apothicaire originaire de Varsovie, apparu au pays vers 1781. Pierre Corbey, arrivé aux Escoumins au début du XXe siècle, était en fait le fils d’Henry Corbet, originaire de Guernesey, une des îles Anglo-Normandes. Pedro Da Sylva le Portugais, « premier courrier de la Nouvelle-France », a plusieurs descendants en Haute-Côte-Nord, mais seule une petite branche escouminoise en perpétue le nom.

On se souviendra aussi du Forestvillois Wieczorek (Pologne) ou Zakaria (Liban), toujours présents dans le secteur, ses descendants portent le nom de Zacharie. L’espérance d’une vie meilleure amena Pallas (Grèce) à fuir son navire en 1882 – avec l’aide des Innus d’Essipit selon la légende – ou Kudirka (Lituanie), témoin de l’atrocité des nazis de la seconde guerre, à choisir notre contrée. Les Escouminois penseront aussi à Elver Lassen (Danemark), personnage quasi-légendaire du lieu. La généalogiste s’accuse d’avoir des chouchous, soit les Syrien du début du XXe siècle : Cid, Saiphy et Allici. Tous, ou presque, débarqués à l’aube de la première guerre, alors que l’Europe se fragilise.

À tous les temps, des quatre coins de la planète, ces gens ont trouvé chez nous un coin de paradis où poser leur besace. Et ce n’est seulement qu’une perspective masculine du peuplement. Une petite tournée du côté des dames surprendrait encore plus, ou du moins, vous conforterait dans votre signification du terme « métis ». Certaines familles ayant, parfois, une branche de leur arbre plus « naturelle » que les autres.

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