À tous les temps : Quand on « perlait » du pont

À tous les temps : Quand on « perlait » du pont

Approche du quai de Tadoussac, entre 1890 et 1901 - ©Detroit Publishing Co

Nos ancêtres ont commencé à « perler » de la chaloupe et d’un pont dès leur arrivée ici ou presque. Le discours a célébré ses 150 ans, dans l’indifférence totale, en janvier dernier d’ailleurs. J’ai pensé réunir, en une seule page, les meilleures « perlages » de barques et de ponts retrouvés dans les gazettes d’époque. En caractère gras, mes commentaires, « entre guillemets, de véritables citations – fautes incluses » et finalement (la source).

J’oubliais ! « Perler » : Verbe intemporel, dans le sens d’écrire des perles, exprimer des idées importantes et indémodables sur un fait. Syn. : Discours, parfois belliqueux, sans fin sur une situation interminable, qui se répète de génération en génération, sans jamais trouver de solution et de conclusion (comme cette phrase).

La solution, c’est un pont… de glace !

En 1868, le premier curé résident de Tadoussac, l’abbé Augustin Bernier, laissa quelques petites notes dans les registres, dont une particulièrement intéressante en date du 22 janvier : « La Riv. Saguenay a été tellement bouchée de glace depuis trois jours qu’un pont s’y est formé qui a permis d’y passer à pied ; les chevaux auraient pu faire le passage sans danger aucun. »

En avril 1876, plusieurs journaux publient : « L’on nous écrit que les dernières neiges qui sont tombées, ont complètement obstrué le Saguenay à son embouchure, et par conséquent, empêchent toute communication entre Tadoussac et la rive ouest. » Le curé Casault, en mission à St-Firmin y est prisonnier pendant cinq jours, c’est grâce à la témérité de cinq braves qu’il traversera le Saguenay à temps pour le Dimanche des Rameaux : « Avoir traversé le Saguenay en raquettes le 1er avril est chose inouïe dans la mémoire des plus anciens de Tadoussac. » (L’urgence n’était pas si urgente, le Dimanche des Rameaux sera célébré le 9 avril cette année-là.)

Nous ne reverrons peut-être jamais un pont ?

« Le pont de Tadoussac à Pointe au Bouleau est solide depuis 8 jours. Les piétons traversent. Nous aurons encore le pont pour cinq à six jours […] Le pont est plus solide que celui du 3 février, mais plus difficile à traverser par les glaces entassées et culbutées. Il y a des glaces là où il y a trente pieds d’épaisseur. M. l’abbé Lemieux le voyage avec M. Gabriel Bouliane, aller et retour à la raquette, pour desservir la mission à la Pointe à Bouleau. Chose extra-ordinaire, depuis 12 ans qu’il est ici, il n’a jamais traversé autrement qu’en barge. Cette année, il a été deux fois desservir la mission sur un pont. C’est une chose inouïe. Aucun de ses prédécesseurs n’a vu cela et nous ne le reverrons peut-être jamais. » (La Patrie – 2 mars 1898)

En canot, c’est plus ardu : « La traversée du Saguenay en canot rend le trajet encore plus ardu. M. Simard lui même, venant de Portneuf, a été retenu durant trois heures dans les glaces du Saguenay, ce qui n’est pas agréable. » (Le Courrier de St-Hyacinthe – 5 mars 1901)

Un transit régulier.

« La traverse entre Tadoussac et Ste-Catherine a été très régulière pendant tout l’hiver, à la grande satisfaction de toute la Côte Nord. » (Le Progrès du Saguenay – 18 février 1904)

La glace retarde les nouvelles :

« En effet, en octobre 1908, un groupe de citoyens de Tadoussac, parmi lesquels M. Dumont, vint trouver M. Dubuc : “Monsieur, lui dirent-ils, vous connaissez notre situation en bas du fleuve. Le Saguenay, à Tadoussac ne gèle pas assez l’hiver pour nous offrir un pont de glace. Nous ne pouvons communiquer facilement avec les paroisses et les villes d’en haut que grâce au service d’un bateau […] » (Progrès du Saguenay – 18 février 1909)

« Les derniers froids de janvier ont contribué à former le pont de glace entre Tadoussac et Baie Ste-Catherine. Le premier à s’y aventurer fut M. Gabriel Bouliane de Tadoussac, le 7 février dernier. M. Bouliane était accompagné de ses deux neveux. » (L’Action Sociale – 15 février 1909)

Les canotiers du Saguenay !

« Tous nos voyageurs sont forcés de traverser la rivière Saguenay en canot cet hiver ; nous avons heureusement d’excellents canotier, fort habitués à la traversée. » (La Presse – 20 janvier 1921)

« Malgré le champ de glace qui couvre la rivière Saguenay depuis quelques jours, le traversier l’Emérillon fait régulièrement ses deux voyages par jour, à Ste-Catherine, et les voyageurs apprécient beaucoup l’avantage de ce service » (Progrès du Saguenay – 1er mars 1927)

Encore la chaloupe !

« […] Il y a aussi la chaloupe qui fait la navette entre Tadoussac et la Baie Ste-Catherine ; sans parler des bateau de la Canada S.S. […] » (Progrès du Saguenay – 14 février 1928) « Il y a bien aussi la question de la Traverse […] Nous parlons pas de la chaloupe qui fait la navette entre Tadoussac et Ste-Catherine; mais du bateau qui voyage entre la Rivière-du-Loup, Tadoussac et St-Siméon […] » (Progrès du Saguenay – 19 décembre 1930)

En « barque » on ira plus vite !

« La vague de froid, qui a déferlé sur tout le Québec au cours de la deuxième semaine de janvier, nous a prouvé, une fois de plus, l’inefficacité du serve de navigation entre la Baie Ste-Catherine et Tadoussac, même quand on utilise une « barque » un peu plus moderne qui peut transporter une trentaine de véhicules à la fois[…] » (L’Aquilon – 28 janvier 1959)

Un chimérique pont ?

« Selon M. Antoine Dubuc si un organisme sérieux étudiait froidement les possibilités d’une telle construction, il viendrait bien vite à la conclusion «qu’un pont entre Baie Ste-Catherine et Tadoussac est une chimère. » (L’Aquilon – 25 novembre 1959)

Réalisation prochaine d’un pont…

« Forestville, 23 fév. 1961 […] Lors de son dernier Congrès Régional, la Chambre de Commerce de la Côte Nord a autorisé la Chambre de Forestville d’entreprendre des démarches dès cette année en vue de la construction d’un pont sur le Saguenay. Une résolution fut adoptée en ce sens et notre Chambre a constitué un comité spécial à cette fin. Il aura à travailler ce projet jusqu’à sa réalisation prochaine. » (L’Aquilon – 8 mars 1961)

La traverse fait office de pont :

« La Chambre de Commerce du district de Baie-Comeau réclame avec instance le service gratuit de la traverse du Saguenay, entre Tadoussac et Baie-Ste-Catherine. […] les pétitionnaires font remarquer particulièrement que cette traverse fait office de pont et qu’elle est tout simplement la continuation de la route 15, sur la Côte Nord du St-Laurent. » (Le Soleil – 22 mai 1963) (En 1969, on déboursait$1.25 pour une voiture et son conducteur. Chaque passager supplémentaire payait 35 cents.)

Enjamber le Saguenay :

« On prévoit une augmentation considérable du trafic routier. Il serait inopportun de prévoir une solution qui s’avérera dépassée dans quelques années (bateaux plus gros etc.) À notre avis, la solution idéale serait celle d’un pont enjambant le Saguenay entre Tadoussac et Baie-Ste-Catherine […] » (Journal La Côte-Nord – 10 janvier 1973)

Un pont, la solution idéale :

« On s’attend à ce que ces deux nouveaux traversiers entrent en opération à compter de 1980. Il devrait en être de même pour les deux nouveaux débarcadères en construction. Encore là, on notera une amélioration du service, mais quand dame nature se fait capricieuse seul un pont s’avérerait la solution idéale. » (Journal Plein-Jour – 21 mars 1979)

La solution c’t’un pont ! :

Maintenant un incontournable ! Ce n’est pas une dépense mais un investissement. La solution c’t’un pont ! » (Société du pont sur le Saguenay à Tadoussac – 27 avril 2018)

Dans une perspective historico-généalogique, il faut comprendre que nous avons hérité de l’art du « perlage » de barques et de ponts de nos arrière-arrière-grands-parents. Il s’agit là d’une pure tradition nord-côtière, préservée grâce à notre ténacité, notre entêtement et notre isolement. Soyons fiers de notre persévérance unique au Québec !

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