Un an après le décès de Luc Arpin – Tristesse et rancœur à la Romaine

Un an après le décès de Luc Arpin – Tristesse et rancœur à la Romaine

La marche en hommage à Luc Arpin a réuni près de 200 personnes de jour et de nuit. Les travailleurs se sont recueillis devant la plaque installée là où l’homme des Escoumins a péri dans sa pelle hydraulique. Photo courtoisie

Forestville – Lorsque l’un des leurs a laissé sa vie sous des tonnes de pierres du chantier hydroélectrique de la Romaine le 9 décembre 2016, « les gars d’EBC » y ont aussi enterré leur peine. Malgré le rapport, les nouvelles règles de sécurité et la « grande marche » en hommage au disparu, la révolte et l’impuissance sont toujours là, enfouies sous d’épaisses couches de pudeur et d’orgueil.

Trois travailleurs ont accepté sous le couvert de l’anonymat, de partager leurs états d’âme à la suite du dévoilement du rapport de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

Omerta sur le chantier

C’est que « ça jase pas fort », des gars de la construction, parait-il. « Les gars ne veulent pas parler ouvertement. Premièrement ils n’aiment pas parler de ça tout court et ils ont peur de représailles. Mais le rapport ça nous a pas impressionnés. Quand tu fais des boulons pis que t’es pas capable d’accoter tes boulons (action de boulonner le grillage sur la paroi rocheuse), c’est parce qu’y a quelque chose qui va pas », déballe Richard (nom fictif), qui a côtoyé Luc Arpin sur le chantier.

Depuis l’accident, « c’est full sécurité sur le chantier, ajoute Vincent (nom fictif). Remarque que c’est mieux trop que pas assez mais ils auraient dû y penser avant ».

Richard et Vincent sont amers de l’attitude d’Hydro-Québec et aussi de leur employeur, EBC inc., qui a cédulé le party de Noël des employés le jour du décès de M. Arpin. « Un manque de tact choquant pour Luc et les travailleurs », déplore Richard.

Marche commémorative

Le 23 novembre, une grande marche de jour et de nuit a été initiée par EBC. Deux autobus bondées de travailleurs, environ 150 personnes, ont solennellement marché jusqu’à la plaque commémorative installée sur le mur, là où Luc Arpin a péri. « Ils l’ont posée sur le mur mais elle va changer de place puisque ce secteur-là sera inondé quand ça va décoller. Elle va être placée à l’évacuateur gauche », explique Bernard (nom fictif), celui des trois travailleurs pour qui M. Arpin était plus qu’un collègue.

« Deux semaines avant l’accident, on avait fait un souper à la fondue d’orignal puisque Luc avait tué. C’était un bon gars, toute la gang on a pris ça dur », confie Bernard.

À l’emploi de la compagnie EBC depuis presque dix ans, Bernard est heureux d’avoir participé à la marche en hommage à son ami. « On a eu un speach sur la sécurité, il y avait des représentants d’Hydro-Québec, des boss de EBC de Québec et le grand boss Roger Pelletier a parlé. Il a bien fait ça. C’était émouvant ».