Pessamit gagne une première manche dans sa croisade

Pessamit gagne une première manche dans sa croisade

Les deux parties devront mettre en œuvre les moyens nécessaires afin de procéder rapidement à une audience portant sur une injonction permanente. Photo courtoisie

Baie-Comeau – Hydro-Québec stoppe l’opération de remplissage du réservoir Manicouagan, tel que le prévoit un jugement de la Cour supérieure rendu par le juge Serge Francoeur le vendredi 13 juillet. Le Conseil des Innus de Pessamit considère avoir remporté une première manche dans sa lutte contre le rehaussement du bassin.

On se souviendra que le conseil a pris la voie des tribunaux afin de se faire entendre à la fin de juin. « Hydro-Québec a initié le processus de remplissage sans même nous avertir », dénonce René Simon, chef des Innus de Pessamit.

Selon le chef, le rehaussement du niveau du réservoir serait lourd de conséquences. En plus de libérer dans l’eau du méthylmercure, une substance nocive qui atteindra chaque échelon de la chaine alimentaire, il viendrait inonder un milieu régénéré depuis 40 ans. Des milliers d’hectares de forêt mourraient en bordure du réservoir, tout comme de nombreuses espèces fauniques. Il entrevoir aussi la disparition de frayères de diverses espèces de poissons, de chalets et d’autres bâtiments.

Le Conseil des Innus dit batailler pour protéger l’environnement sur son Nitassinan, donc sur la région entière, tandis que l’intérêt d’Hydro-Québec à élever le niveau d’eau du réservoir est purement financier, d’après lui.

L’argument ne tient pas

Quand la société d’État argue qu’elle possède depuis les années 60 les droits requis pour aller de l’avant avec le rehaussement, le chef Simon rétorque que cela ne tient pas la route. « Plusieurs lois québécoises et canadiennes interdisent à quiconque d’introduire des substances polluantes dans l’environnement causant un risque pour la santé humaine et d’y menacer des espèces animales. Selon nous, il est illégal pour Hydro-Québec de s’abroger unilatéralement le droit de polluer », martèle-t-il.

En se basant sur le Plan stratégique 2016-2020 de la société d’État, le Conseil des Innus rappelle que le remplissage du réservoir Manicouagan fait partie des moyens pris pour accroitre sa puissance, notamment pour le marché de l’exportation. Ce même plan, ajoute-t-il, précise aussi que l’ajout de puissance à certaines installations nécessitera la conclusion d’ententes avec les communautés régionales et autochtones concernées.

Pessamit espère obtenir d’ici le printemps 2018 l’injonction permanente qui garantira que le niveau d’eau sera maintenu à ce qu’il était au début des années 1980, soit environ 350 mètres plutôt que les 359,66 mètres espérés par Hydro-Québec d’ici 2019.

Le récent jugement, qui équivaut à une injonction interlocutoire, oblige les deux parties à s’engager à mettre en œuvre, dès le mois prochain, les moyens nécessaires pour procéder rapidement à une audience portant sur la question d’une injonction permanente, peut-on lire dans un communiqué émis par le Conseil des Innus de Pessamit mardi.

Si l’injonction permanente devait être accordée, « Hydro-Québec devrait alors rétablir le niveau d’eau en deçà de la limite supérieure du marnage observé au début des années 1980 et le maintenir à l’intérieur de ces limites », souligne le conseil.

« Le simple fait d’avoir interrompu ce processus de remplissage du réservoir Manicouagan constitue une bonne nouvelle non seulement pour les Pessamiu Ilnut, mais aussi pour les propriétaires de chalets et bâtiments situé dans le secteur, pour les nombreux utilisateurs du territoire et surtout, surtout pour l’environnement », conclut le chef Simon.