Les villages, ça meurt un peu comme le font les gens

Les villages, ça meurt un peu comme le font les gens

Certains villages rendent l’âme subitement. Une courbe prononcée sur une chaussée imprévisible, une défectuosité foudroyante des fonctions centrales, une simple erreur d’inattention au travail.

Il suffit parfois d’un facteur insoupçonné pour faire imploser le cœur économique d’une place mettant fin aux flux financiers vitaux qui alimentaient jadis les autres parties de la communauté. Des places comme Gagnonville, Labrieville ou Nitchequon, ont vu leur existence brisée en quelques instants. Laissant derrière elles des lambeaux de mémoires jonchant encore le sol foulé par leur monde.

D’autres villages s’éteignent plus lentement. Un long combat contre la maladie, l’épuisement continu des fonctions d’un organisme, la mort par le temps comme le scandait Pellerin.

La mort d’un village ça commence, presque toujours, quand ses habitants cessent de croire en son unité, quand certains de ses membres regardent ailleurs pendant qu’une partie des leurs tombe sous l’emprise de la misère, quand les voisins se transforment en étrangers, quand on ne parvient plus à se reconnaître en l’autre. À ce moment, c’est l’effritement du ciment social qui entreprend son œuvre et sachez que ce dernier ne chérit qu’une seule ambition : celle d’aller jusqu’au bout.

Depuis plus de 10 ans, les chômeurs de la Côte-Nord subissent les injustices du gouvernement fédéral. La politique favorise le mépris des plus faibles dans la logique de nos structures actuelles. C’est difficile pour une personne habitant à l’autre bout du monde, s’arrachant la vie pendant la saison de travail et calculant les sous pour arriver pendant la saison morte de se faire entendre jusqu’à Ottawa. C’est d’autant plus difficile que, d’année en année, on augmente les heures nécessaires pour obtenir des périodes de chômage décentes. On légifère sur de nouvelles conditions, mais on ne peut pas simplement passer une loi pour allonger les saisons pour de nombreux secteurs d’activité. On réduit ainsi les montants totaux à débourser en prestation ce qui permet de dégager plus d’argent pour autre chose que les chômeurs. Dans le but ultime de nous taxer de manière hypocrite, d’utiliser les ressources de la population sans subir de mécontentement pendant les élections.

Vendredi dernier, les Nord-Côtiers ont clairement démontré qu’ils se préoccupent de leurs villages. Ils ont fait savoir à l’État central que nos communautés sont en vie en affirmant qu’aucun de nos membres ne tolérera plus longtemps qu’une partie des leurs soit traitée en paria aux bénéfices des bien-pensants de la capitale fédérale. Ils ont affirmé haut et fort au Parlement canadien que la Côte-Nord ne se laissera pas mourir!

Jo Drolet Blogueur, politologue, animateur et Nord-Côtier